TECHNIQUE 02/CONSTRUCTION
Avec le respect du bon fonctionnement hygrothermique du chanvre et de ses mélanges, vient le choix de la technique de construction...
Le chanvre entre dans de nombreuses mises en œuvre.
Selon les parois concernées et l'objectif souhaité, une gamme de techniques se décline, pour lesquelles le chanvre sera différemment transformé et utilisé.
Nota : Ne sont décrites ici que les mises en œuvre Chanvre-habitat bio.
Dans cette ancienne maison de bauge (murs de terre crue montés en compression humide et large épaisseur) typique de certains "pays" bretons (bassin rennais notamment), une dalle en chanvre-chaux a été réalisée manuellement sur le plancher en bois du premier étage. Les murs attendent un enduit isolant ou non (selon qu'il s'agisse de murs de façade ou mitoyen, par exemple). Ce chantier date de 2005. Il est parmi les tout premiers de Chanvre-habitat bio.
TECHNIQUES CONSTRUCTIVES
Bâti neuf ou existant, plans horizontaux, parois verticales ou pentes, localisation (extérieur/intérieur et type de pièce) vont déterminer, avec l'ambition thermique (et phonique) le choix des techniques.
Le chanvre seul, en laine ou en paillette (chènevotte), ou en mixte* CHANVRE-HABITAT bio impose une structure porteuse. Il vient en pur remplissage. Un léger chaulage (projection par machine, par exemple) peut améliorer la tenue et l’homogénéité de densité du matériau, en plus d'apporter un peu d'inertie thermique, particulièrement opportune en toiture.
Pour de faibles épaisseurs, les mélanges chanvre-chaux, enduits isolants ou enduits de finition, se suffisent du support. L'humidification et le chaulage combinent adhésion, cohésion et auto-portance. Réalisés à la main ou par projection (machine), la pose parachève le tassement nécessaire. Supports de pierre, monomur (de terre cuite ou de tout autre constituant), béton, bois sont compatibles et témoignent de comportements pérennes dès lors que les règles de l'art sont respectées (hygrothermiques de surcroît).
Chantier 2016, réalisé avec la machine à projeter CHANVRE-HABITAT bio. Sur les murs périphériques, a été "collé" un enduit isolant de moyenne épaisseur. Expérimenté avec succès sur le chantier Elipsenn (Jean-Charles GUICHEN), un enduit de finition peut être amorcé par la machine à la suite...
Dès qu'une épaisseur importante de chanvre-chaux est requise, une structure porteuse sous forme d'ossature ou de poteaux-poutres est nécessaire. Le BOIS est le matériau adapté, sachant que l'usage de la chaux peut offrir une protection de base au feu, aux insectes et aux champignons et levures (le choix des essences et l'absence de traitement étant à mesurer par le maître d'ouvrage et/ou l'entreprise de charpenterie).
Ce chantier de maison neuve (2011) montre une structure bois de type poteaux-poutres. A la suite, les murs vont être élevés avec un mélange chanvre-chaux, réalisé sur place avec une bétonnière, et contenus par les nombreux liteaux de bois visibles sur la photographie. Beaucoup de temps ou de main-d’œuvre sont nécessaires pour de telles prestations. Mais c'est fait main !
Nota : Ce type de projet, les liteaux en moins, pourrait également être réalisé avec des parpaings de béton de chanvre, ou encore en béton de chanvre franchement banché....
Sur ce chantier (le même que celui de la première photographie, c'est-à-dire en 2005, en bâti ancien de terre - ou bauge), les propriétaires ont également "pratiqué" le béton de chanvre banché. De la même manière qu'un béton de granulat-ciment, le mélange est versé dans un coffrage afin de lui donner la forme et l'épaisseur voulues. Quelques potelets (en bois) sont nécessaires, autant pour maintenir a minima la paroi que pour positionner les banches.
Le béton de chanvre utilisé ici est le moins liquide possible, mais très cohésif, au renfort de bons tassements manuels. Le décoffrage peut être effectué "en allant" et le séchage en est facilité. Le chanvre est quant à lui très fibreux, ce qui lui donne une sorte d'armature interne tout en souplesse. La cloison intérieure ainsi réalisée va jouer un rôle d'inertie et de masse, sans être lourde (c'est-à-dire sans peser abusivement sur le plancher en bois... qui doit éviter toute surcharge).
Dans le cas d'une pose de béton de chanvre par machine à projeter, les caissons de bois sont une excellente solution. Sur la photographie, il s'agit d'un tout récent chantier de maison neuve à ossature bois (début 2016). Pour des vues intérieures, et le résultat, voir ici - vidéo en bonus.
Avant de clore ce bref (et incomplet !) tour d'horizon technique par l'enduit extérieur chanvre-chaux, légèrement isolant, résistant, enveloppant, qui peut poser à son niveau, certes modeste, la question d'une isolation par l'extérieur dans la veine de l'ITE de plus en plus commune (Isolation Thermique par l'Extérieur), l'on soulignera que la machine à projeter CHANVRE-HABITAT bio peut intervenir dans beaucoup des mises en œuvre décrites dans cette page.
Dernière vue du chantier de la maison en bauge tranquillement rénovée vers 2005 par des amateurs passionnés, alors néophytes, avec l'enduit de façade donc. Ce n'est pas le seul chantier Chanvre-habitat bio de ce genre où, les années ayant passées, la pérennité de l'enduit extérieur peut être confirmée.
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* CHANVRE-HABITAT bio propose donc plusieurs sortes de chanvre transformé, dont sa spécialité "mixte" filasse-chènevotte (ou paillette). La présence de fibres présente l'intérêt d'une structuration interne singulière.
"Images de fibres de chanvre en coupe transversale, prises au Microscope Électronique à Balayage." Source : http://www.webullition.info/fibres-de-chanvre-lor-vert-pousse-en-lorraine-26718
De même que les murs anciens de bauge en Bretagne mêlaient des fibres végétales ou animales (poils, crins !) à la terre, la présence de longues fibres améliore la cohésion des bétons ou enduits chanvre-chaux. Elles offre une sorte de trame ou d'armature souple liant mécaniquement les mélanges. Elles leur donnent une autre texture qui enrichit la palette des possibilités techniques et esthétiques. Certains maçons spécialisés apprécient d'ailleurs cette spécificité, avec un matériau à la fois plus maniable et davantage sculptural. Pour les abris ou maisons Kerterre, la filasse est définitivement adoptée, réinterprétant la grande tradition du TORCHIS.
Dans tous les cas, le chanvre et ses mélanges s'inscrivent dans l'histoire du bâtiment, de l'architecture vernaculaire, des hôtels à colombages aux maisons en bauge ou en pierre, si nombreuses en Bretagne. Ils les réhabilitent admirablement et, machine à projeter ou non, en renouvellent l'actualité, l'accessibilité (pas de technicité hors de portée), en plus de rester adaptés au milieu terrestre, à sa respiration, sa fondamentale hygrothermie.
Idylle, oui, comme ce magasin de chaussures de Guingamp, installé au rez-de-chaussée d'un des beaux immeubles à colombages de la cité bretonne (photographies de mai 2009).
Le chanvre, s'il n'est sans doute pas utilisé ici, serait la réponse actuelle des plus adaptées s'il fallait intervenir constructivement sur l'honorable édifice. Et il illustre, par le détour médiéval, le potentiel de créativité que ses multiples associations avancent, que ce soit avec la chaux (l'argile), le bois... la courbe, le biais étant déjà cultivés ou acceptés dans le pan de bois traditionnel. En avant les idées dès lors...